25 mars 2019

Feu rouge pour de nombreuses allégations des jus verts

La cure de jus végétal (cru, s’il vous plaît) offrirait tout un tas de bienfaits ! Plus de tonus, de la détox et de la régénération, mais aussi de la perte de poids et des effets anti-âge et anti-cancer. Du moins, quand on lit de l'information poubelle écrite par des personnes qui pensent connaître le fonctionnement du corps humain depuis qu'ils ont lu l'étiquette d'une eau de bouleau, ou qui s'en moquent tout simplement...
Alors quand un essai clinique randomisé contrôlé sort sur le sujet, on y jette un œil, puisque ça dépasse le niveau de preuve de la plupart de ce qui préexistait.
En voici un conduit par des chercheurs brésiliens sans conflit d'intérêt sur le sujet [1]. Après les déceptions des essais de supplémentation en "micronutriments" plus ou moins anti-oxydants, est-ce qu'une mixture de ces mêmes composés dans un jus en sortie d'extracteur va changer la donne ? Résumé en image :


22 mars 2019

Jus d'orange : pas vraiment le geste santé du matin

La consommation à grande échelle des jus d'orange a réellement débuté à l'après-guerre, vers 1948. Juste avant, les soldats US n'appréciant que guère les sachets de cristaux de citron riches en vitamine C pour prévenir le scorbut, cela a motivé la mise au point d'une autre source de vitamine C, celle du concentré de jus d'orange qui permettait de transporter, conserver, et reconstituer facilement une boisson en zone de guerre et sans trop de modification gustative (contrairement aux tentatives d'appertisation de jus d'agrumes des années 1920).

5 avr. 2018

Sucres VS Graisses, épisode IV par Enquête de Santé (France 5)

Le méchant sucre et les gentilles graisses. Si la vision manichéenne inverse, qui a prévalu pendant des décennies, résultait de multiples biais cognitifs et doit être enterrée, soyez sûr que son strict miroir ne sera pas le nouvel Évangile. Les mêmes recettes pour des polarités différentes, il n'y a pas qu'en politique où l'humain aime la dualité ! Hier soir, France 5 a diffusé un documentaire sur les graisses. Relevons plusieurs passages corrects voire à féliciter, dont certains rarement évoqués au grand public (comme la filière lin ou le niveau de transformation des aliments lipidiques). Par contre, et nous cliniciens commençons déjà à en payer le prix, ne les remercions pas pour générer confusion et fausses conclusions en inversant naïvement les anciennes et caduques relations de culpabilité. Oui, parce que dans la justice nutritionnelle, il faut toujours un seul coupable désigné !

18 mars 2018

Casser la croûte en ne démarrant pas par le pain !

La ghréline est la seule hormone (mais pas le seul médiateur) connue pour stimuler l’appétit, produite principalement par l'estomac. Un repas diminue plus ou moins ses taux, qui remonteront ensuite : le contraire des hormones de la satiété. Une nouvelle étude [1] montre que l'ordre de consommation entre des grandes catégories d'aliments (glucidiques/protéiques/légumes) affecte différemment la remontée des taux de ghréline plusieurs heures après un repas. Pour un repas strictement identique, consommer la part glucidique à la fin du repas (courbe orange) plutôt qu'au début (courbe bleue) a induit des taux de ghréline plus bas 3 heures après le repas (graphique de gauche). Mais grosse déception (un peu dissimulée par certains relayeurs) : il n'y a pas de différence de perception de faim/satiété ressentie par les volontaires. Du coup, les implications cliniques ne sont pas très prometteuses.

3 mars 2018

Hypertension artérielle : le réflexe potassium

En médecine, la nutrition est peu approfondie, rarement maîtrisée (mais où l’est-elle vraiment ?) mais il existe quelques réflexes reptiliens transmis de pair à pair. Un même stimulus entraînant la même réponse : c’est le cas de l’hypertension artérielle et du sel. Une prise de tension anormalement élevée a toutes les chances de déboucher sur au moins un conseil alimentaire : réduire la consommation de sodium et donc de sel. C’est un bon conseil étayé par des preuves épidémiologiques et cliniques. Mais ce qui me chagrine, c’est qu’il n’y a pas de raison qu’un autre conseil ne soit pas tout autant délivré : celui d’augmenter les apports en potassium. Pourtant, le potassium bénéficie des mêmes preuves que le sodium. Et les apports en potassium sont très souvent déficients alors que ceux de sodium excédentaires : ce sont tous deux des déterminants modifiables.

25 févr. 2018

Harvard : snacks/pizzas et inflammation, une prédiction confondante périmée ?

Bonne nouvelle : les pizzas et les snacks sont associés une inflammation réduite ! Mais, surprise, la consommation de tomate est au contraire associée à plus d’inflammation.

Ce qui pourrait vous sembler être une blague est un travail « sérieux » de l’Ecole de Santé Publique de Harvard. Oui, avec même du Pr Walter Willett dedans. Comment en est-on arrivé là ?

8 janv. 2018

Pour des recommandations considérant l'impact des transformations

La dernière grande enquête de l’alimentation des français, INCA3 publiée en 2017 [1], a montré que les aliments des catégories de la fameuse pyramide alimentaire sont de plus en plus consommés sous forme transformée. Environ 50% des plats consommés par les adultes sont préparés par l’industrie. Des données de la cohorte NutriNet-Santé [2] montrent que les ultra-transformés représentent une part importante de la diète des français (18,4% des aliments en poids, 36% des calories apportés).

Alors il est temps de considérer les transformations des aliments et des ingrédients dans les recommandations, et pas seulement les apports en nutriments par catégorie d’aliments (surtout les macronutriments). Non, le NutriScore (sur lequel se base aussi l’application Yuka) n’est pas forcément la bonne voie, il néglige les process et reste le fruit d’une approche réductionniste (oui, je vais en parler souvent de celle-là). Il peut même provoquer un effet de halo, alors qu’un aliment classé A sera probablement moins sain qu’un aliment brut pas classé du tout : mais lequel va choisir le consommateur ? Peut-être que l’on ferait bien de se tourner vers l’étranger. Exemple du Brésil qui mis en place en 2014 de nouvelles recommandations : finie la pyramide des féculents/légumes/protéines/autres, le Brésil recommande de manger des repas cuisinés composés d’aliments bruts ou très peu transformés. Pas de score pour aider à choisir parmi la pléthore d'aliments ultra-transformés de nos supermarchés : on conseille tout simplement de les éviter. Leur guide alimentaire [3] est une approche globale et pragmatique, considéré comme le meilleur au monde aujourd’hui par beaucoup d’experts. Sa mise en pratique est une autre paire de manches dans un pays où les grandes firmes agroalimentaires usent de multiples stratégies pour s'arracher un marché au potentiel de croissance très lucratif (voir l'article du New-York Times, discuté aussi par Naturacoach sur sa page facebook). Les recommandations sont au moins en phase à cette réalité : un véritable déferlement de junk food.

Références
[1] Etude INCA3
[2] Julia, Chantal, et al. "Contribution of ultra-processed foods in the diet of adults from the French NutriNet-Santé study." Public health nutrition (2017): 1-11.
[3] Guide alimentaire du Ministère de la Santé Brésilien

6 janv. 2018

Aliments ultra-transformés à l'honneur

Ce mois-ci, numéro spécial sur les aliments ultra-transformés (AUT) dans le Public Health Nutrition journal ! Un recueil d’une vingtaine d’études récentes des 4 quatre coins du monde : France, Canada, Brésil, Espagne, Suède, USA, Colombie, Liban... 

4 janv. 2018

Végétarisme et dépression ? Qui est l'oeuf ou la poule ?



S'il y a une bonne résolution qui changerait pas mal notre monde de fausses nouvelles et d'idées reçues, c'est d'assimiler au moins ces deux sophismes. Cela serait un bon début. Le plus grand écueil de la raison n'est pas de la rejeter, mais de s'y référer par erreur. Rien qu'en gardant en tête que corrélation n'est pas causalité, les journalistes pourraient bouleverser la presse et sa façon de communiquer sur les résultats scientifiques.

13 nov. 2017

Une déception aussi linéaire qu'incorrecte !

C'est qu'on a vite fait de titrer "Vitamine D et prévention du cancer, la déception" (n'est-ce pas JIM.fr ?) quand on découvre l'étude de Dimitrakopoulou publiée il y a deux semaines.

La conversion en agriculture biologique n'est pas une "tromperie"

Produit « en conversion » biologique mais non certifié AB : j’achète ou je n’achète pas ? Réponse : je soutiens donc j’achète !

Granola, un imposteur de Muesli !

Si vous voyez le qualificatif "croustillant" sur un produit évoquant du muesli : ceci n'est pas du muesli ! Vous êtes devant une forme de biscuit, du granola, avec bien souvent une liste interminable d'auxiliaires technologiques (des ingrédients à but non alimentaire).

1 sept. 2017

Doses supra-nutritionnelles de vit B : des travaux invitant à la prudence

Quand le mieux serait l'ennemi du bien : des vitamines B *, oui, mais pas en excès !

Le suivi des 77 118 participants de la cohorte VITAL a apporté des résultats qui devraient dissuader de se supplémenter à dose supra-nutritionnelle (c’est-à-dire bien au-delà des AJR) en vitamines B6 et B12.

19 juil. 2017

Petites doses quotidiennes de vitamine D : il faut bien préférer la D3 à la D2

Il s’éloigne, le temps où l’on pensait que vitamine D2 (ergocalciférol) et D3 (cholécalciférol) étaient aussi efficaces pour améliorer le statut en vitamine D. Nous en sommes à peu près sûrs pour les bolus de vitamine D (semestriels, annuels…) [1,2], mais moins concernant les petites doses quotidiennes qui ont été moins étudiées : résultats contradictoires sur des méthodologies peu robustes. Or comme vous le savez peut-être, il est probablement préférable d’être supplémenté par de petites doses quotidiennes (ou à la rigueur hebdomadaires) que des bolus, si l’observance ne fait pas défaut [3,4].

3 juil. 2017

Les légendes sont faites pour durer

4 ans après avoir écrit les articles sur la légende des oméga-3 des œufs issus de l'agriculture biologique (et plein-air) : quel résultat ? Beaucoup de lectures et de prises de conscience (alors ça valait la peine de les écrire), beaucoup de contacts de la part des médias (souvent sans suite : message difficile à faire passer à l'heure où il doit être 100% noir et blanc et en faveur de l'opinion publique), et heureusement, aucune contradiction par les faits !

Mais malheureusement, au détour d'un site, d'un magazine ou d'une conversation, on croise toujours et encore cette recommandation fallacieuse d'acheter des œufs bios pour trouver des oméga-3 et moins d'oméga-6.
Une dizaine d'études citées l'ont pourtant prouvé, mais il faut savoir accepter que les faits sont moins convaincants que les émotions : inutile de gaspiller trop d'énergie pour ceux qui en sont victimes, rien ne leur fera changer d'avis.

Depuis ce temps, d'autres analyses l'ont confirmé dans le journal Poulty Science.

20 mai 2017

Huiles minérales des emballages et migration dans les aliments

Il faut bien comprendre qu'on est au delà du principe de précaution !
Certains aliments secs (pâtes, farines, céréales, biscuits, etc) sont parfois conditionnés dans des emballages en papier ou carton. On sait depuis bien assez (trop) longtemps qu'ils contaminent les aliments en huiles minérales, une grande famille de dérivés du pétrole dont certains sont des CMR (cancérogène, mutagène, reprotoxique). La presse vient de relayer les récentes recommandations de l'Anses [1], mais cela faisait 5 ans que les experts du groupe scientifique de l’EFSA sur les contaminants de la chaîne alimentaire (CONTAM) avait publié un avis préoccupant [2]. En particulier pour les consommateurs fidèles à une marque ou qui achètent souvent le même produit alimentaire.
Voici ce qu'il faut savoir en tant que consommateurs éclairés !

21 avr. 2017

La composition nutritionnelle pour les Nuls [épisode Amandes/Avocat]

La série "Nutrition de comptoir" s'éternise mais les scénaristes trouvent de nouvelles idées à chaque épisode. Récemment, sur la télévision publique, un reportage a fait un focus sur l'amande. Avec un titre presque désobligeant pour elle (qualifiée de "super-aliment", sic), on s'attendait à une mise au point sur sa super-composition nutritionnelle. Y-a-t'il du mieux depuis le gag de la spiruline ?

6 nov. 2016

Chia, nouvelle star de la superfood academy

"La graine de Chia, vous en pensez quoi docteur ?"
Une question qui revient souvent ! A laquelle je réponds d'abord par une autre interrogation: "Pourquoi en mangez-vous ?" (il faut toujours comprendre ce qui guide ce facétieux être humain avant de tenter d'éclaircir son chemin).
Deux raisons, très succinctes, me sont souvent données: "Je crois qu'il y a beaucoup d'oméga 3" et "J'ai lu que c'était bon pour la santé". Autant la première fait appel à quelque chose de matérialisable, si tant elle est vraie, autant la deuxième montre à quel point il suffit d'être lu pour être cru (franchement, dites-moi, pourquoi je m'embête à écrire des articles rationnels et rigoureux qui prennent un temps fou, alors que je pourrais jouer dans la junk-information ?).

23 mai 2016

Reportage sur la spiruline : attention aux faux chiffres

Hier un reportage a été diffusé sur les algues alimentaires sur France 5. Les algues peuvent certainement s'intégrer à une alimentation saine, mais sans tomber dans le travers des "super-aliments", ces fameux aliments miracles, souvent exotiques et étrangers aux traditions culinaires de celui qui est séduit. L'herbe semble toujours plus verte ailleurs... La spiruline, plus souvent présentée et vendue sous forme de complément alimentaire, en est un exemple bien connu. Mais il a fallu, vous l'aurez deviné, que les journalistes en rajoutent encore.

17 avr. 2016

Les inégalités de conversion des précurseurs d'acides gras essentiels

Consommer trop ou peu d'oméga 6 (n-6) issu du monde végétal (acide linoléique, AL), donc de tournesol, de sésame, de soja, d'arachide ou encore d'oléagineux, n'aurait pas le même effet chez tout le monde. Idem pour la consommation en acide alpha-linolénique (ALA, n-3). La réponse à un régime déséquilibré en acides gras n-3 et n-6 dépend de votre génétique car de votre génétique dépend votre faculté à transformer ces précurseurs !