13 sept. 2018

L'illusion (relative) de nos véritables besoins nutritionnels

La question des véritables besoins nutritionnels, précis et pour un individu donné, sera une quête sans fin. N'espérez pas trouver toutes vos réponses dans les mathématiques des tableaux nutritionnels de vos aliments et des ANC. Pardon, des RNP ! Saviez-vous que la notion d'ANC est aujourd'hui désuète ? Les fameux Apports Nutritionnels Conseillés ont laissé place aux RNP* : les Références Nutritionnelles pour la Population. Par définition, ce sont les apports quotidiens qui couvrent le besoin de 97.5% de la population considérée (par exemple : les femmes adultes 18-64 ans), tel qu'estimé à partir des données expérimentales.

Pourquoi pas 100% ? Cela signifie-t-il que 2.5% de la population considérée aient des besoins différents ? Ou plutôt que ces 2.5% ont besoin d'apports différents ? Attention à la sémantique !

10 avr. 2018

Pourquoi le curcuma n'a pas forcément à gagner d'être un complément alimentaire 2.0

Le curcuma est une plante pérenne, éponyme de l’épice extraite de son rhizome, dont on retrouve aussi une pérennité manifeste dans la culture de nombreux pays comme l’Inde et la Chine. La première documentation de l'usage du curcuma remonterait à 4000 ans, un usage culturel large dont médicinal et alimentaire. De nombreuses médecines traditionnelles ont ainsi fait un usage empirique du curcuma. Plus récemment, le curcuma a vu sa popularité grandir dans le monde occidental, et dans le même temps son identité s’est effacée au profit d’un de ses constituants : la curcumine. Après des travaux scientifiques prometteurs et d'inévitables allégations miracles, la curcumine et plus largement le curcuma ont été brutalement décrédibilisés par l’industrie du complément alimentaire et leurs influenceurs. Inutile d'en espérer des bénéfices, le curcuma ne « marcherait pas » et serait « totalement inefficace » (sic). La curcumine serait trop instable, trop peu absorbée, trop rapidement dégradée ou métabolisée. Au lieu d'utiliser votre pot de curcuma définitivement has-been, on vous recommande de vous procurer des curcumines révolutionnaires : des formes phospholipidiques, liposomales, nanoencapsulées ou liées à des galactomannanes. Est-ce que l'homme vient de réinventer l'épice du soleil ? Est-ce que ces propos tranchés n’offrent pas une vision biaisée de la réalité ?

4 févr. 2018

Comment ça, elles ne sont pas fraîches mes capsules d'huile de poisson ?

Les amateurs d'Astérix reconnaîtront un détournement de la fameuse réplique d'Ordralfabétix, le poissonnier du village. Ils ne sont pas si fous ces gaulois, à se questionner sur l'état de fraîcheur du poisson !
Mais qu'aurait pu répondre Ordralfabétix s'il vendait des capsules d'huile de poisson en parapharmacie, supermarché ou sur internet ? Frais ou pas frais ses oméga-3 ? Et quelles conséquences d’absorber des composés potentiellement toxiques s'ils sont présents ?

Les oméga-3 sont les compléments alimentaires non-vitaminiques et non-minéraux les plus vendus. Ils se composent en général d’huiles de poisson, riches en EPA et DHA. Patientant sagement sur les étals pendant des mois dans leur bel habit packaging, ils sembleraient être immunisés à l'épreuve du temps si l'on oubliait l'indication d'une date limite... de durabilité minimale ! Alors que les poissons gras sont connus pour rancir rapidement, même surgelés, ces huiles seraient-elles protégées dans leur capsule hermétique, additivées de vitamine E anti-oxydante ? En considérant également qu'avant conditionnement, les huiles utilisées étaient initialement de bonne qualité et avec un process sans impact néfaste ! En première partie, un point de situation avec des données qui s'accumulent et convergent vers un constat plutôt inquiétant. La deuxième partie confrontera les aliments aux suppléments face à cette problématique oxydative.

1 sept. 2017

Doses supra-nutritionnelles de vit B : des travaux invitant à la prudence

Quand le mieux serait l'ennemi du bien : des vitamines B *, oui, mais pas en excès !

Le suivi des 77 118 participants de la cohorte VITAL a apporté des résultats qui devraient dissuader de se supplémenter à dose supra-nutritionnelle (c’est-à-dire bien au-delà des AJR) en vitamines B6 et B12.

19 juil. 2017

Petites doses quotidiennes de vitamine D : il faut bien préférer la D3 à la D2

Il s’éloigne, le temps où l’on pensait que vitamine D2 (ergocalciférol) et D3 (cholécalciférol) étaient aussi efficaces pour améliorer le statut en vitamine D. Nous en sommes à peu près sûrs pour les bolus de vitamine D (semestriels, annuels…) [1,2], mais moins concernant les petites doses quotidiennes qui ont été moins étudiées : résultats contradictoires sur des méthodologies peu robustes. Or comme vous le savez peut-être, il est probablement préférable d’être supplémenté par de petites doses quotidiennes (ou à la rigueur hebdomadaires) que des bolus, si l’observance ne fait pas défaut [3,4].

27 févr. 2017

"La vitamine D réduit le risque de rhume de 12%" : FAUX !

Nous sommes toujours en hiver, et toujours confrontés aux infections respiratoires propices à cette saison : rhinovirus, bocavirus, influenza et parainfluenza virus, coronavirus, virus respiratoire syncytial... on est loin de tous les connaître, parmi les quelques 180 000 virus par minute que nous respirons quotidiennement [1] (pas de panique, l’extrême majorité nous laisse tranquille !). Diminution de l'ensoleillement et donc de la vitamine D, celle-ci est en conséquence considérée comme une hypothèse expliquant l'association entre ces incidences épidémiques et les saisons froides. Du coup, quand une étude sort à ce sujet, la presse santé dégaine les gros titres. Et elle n'y va pas de main morte, je cite : "Voici un puissant anti rhume, la vitamine D", ou d'autres, plus humoristiques comme "Rhume : la vitamine D meilleure que la vitamine C". Forcément, il est facile d'être plus efficace que quelque chose dont on n'a toujours pas prouvé un vrai bénéfice clinique (mais le débat n'est pas clos) [2].
Cette efficacité a un chiffre qui revient souvent : 12%. D'après une majorité d'articles de presse, francophone ou anglophone, le risque de rhume serait réduit de 12% par une supplémentation en vitamine D. D'autres vont au delà, comme de 20 à 70% de réduction du risque. On va voir ce que ce n'est pas tout à fait vrai...
Alors que la déficience en vitamine D est un réel problème de santé publique [3], il convient d'être précautionneux : l'excès de zèle n'est pas l'ami du monde scientifique et médical et de sa relation, déjà bien tourmentée, avec le grand public. Petite mise au point sur l'étude qui fait parler d'elle.


23 mai 2016

Reportage sur la spiruline : attention aux faux chiffres

Hier un reportage a été diffusé sur les algues alimentaires sur France 5. Les algues peuvent certainement s'intégrer à une alimentation saine, mais sans tomber dans le travers des "super-aliments", ces fameux aliments miracles, souvent exotiques et étrangers aux traditions culinaires de celui qui est séduit. L'herbe semble toujours plus verte ailleurs... La spiruline, plus souvent présentée et vendue sous forme de complément alimentaire, en est un exemple bien connu. Mais il a fallu, vous l'aurez deviné, que les journalistes en rajoutent encore.