Le méchant sucre et les gentilles graisses. Si la vision manichéenne inverse, qui a prévalu pendant des décennies, résultait de multiples biais cognitifs et doit être enterrée, soyez sûr que son strict miroir ne sera pas le nouvel Évangile. Les mêmes recettes pour des polarités différentes, il n'y a pas qu'en politique où l'humain aime la dualité ! Hier soir, France 5 a diffusé un documentaire sur les graisses. Relevons plusieurs passages corrects voire à féliciter, dont certains rarement évoqués au grand public (comme la filière lin ou le niveau de transformation des aliments lipidiques). Par contre, et nous cliniciens commençons déjà à en payer le prix, ne les remercions pas pour générer confusion et fausses conclusions en inversant naïvement les anciennes et caduques relations de culpabilité. Oui, parce que dans la justice nutritionnelle, il faut toujours un seul coupable désigné !
5 avr. 2018
18 mars 2018
Casser la croûte en ne démarrant pas par le pain !
La ghréline est la seule hormone (mais pas le seul médiateur) connue pour stimuler l’appétit, produite principalement par l'estomac. Un repas diminue plus ou moins ses taux, qui remonteront ensuite : le contraire des hormones de la satiété. Une nouvelle étude [1] montre que l'ordre de consommation entre des grandes catégories d'aliments (glucidiques/protéiques/légumes) affecte différemment la remontée des taux de ghréline plusieurs heures après un repas. Pour un repas strictement identique, consommer la part glucidique à la fin du repas (courbe orange) plutôt qu'au début (courbe bleue) a induit des taux de ghréline plus bas 3 heures après le repas (graphique de gauche). Mais grosse déception (un peu dissimulée par certains relayeurs) : il n'y a pas de différence de perception de faim/satiété ressentie par les volontaires. Du coup, les implications cliniques ne sont pas très prometteuses.
3 mars 2018
Hypertension artérielle : le réflexe potassium
En médecine, la nutrition est peu approfondie, rarement maîtrisée (mais où l’est-elle vraiment ?) mais il existe quelques réflexes reptiliens transmis de pair à pair. Un même stimulus entraînant la même réponse : c’est le cas de l’hypertension artérielle et du sel. Une prise de tension anormalement élevée a toutes les chances de déboucher sur au moins un conseil alimentaire : réduire la consommation de sodium et donc de sel. C’est un bon conseil étayé par des preuves épidémiologiques et cliniques. Mais ce qui me chagrine, c’est qu’il n’y a pas de raison qu’un autre conseil ne soit pas tout autant délivré : celui d’augmenter les apports en potassium. Pourtant, le potassium bénéficie des mêmes preuves que le sodium. Et les apports en potassium sont très souvent déficients alors que ceux de sodium excédentaires : ce sont tous deux des déterminants modifiables.25 févr. 2018
Harvard : snacks/pizzas et inflammation, une prédiction confondante périmée ?
Bonne nouvelle : les pizzas et les snacks sont associés une inflammation réduite ! Mais, surprise, la consommation de tomate est au contraire associée à plus d’inflammation.
Ce qui pourrait vous sembler être une blague est un travail « sérieux » de l’Ecole de Santé Publique de Harvard. Oui, avec même du Pr Walter Willett dedans. Comment en est-on arrivé là ?
4 févr. 2018
Comment ça, elles ne sont pas fraîches mes capsules d'huile de poisson ?
Les amateurs d'Astérix reconnaîtront un détournement de la fameuse réplique d'Ordralfabétix, le poissonnier du village. Ils ne sont pas si fous ces gaulois, à se questionner sur l'état de fraîcheur du poisson !
Mais qu'aurait pu répondre Ordralfabétix s'il vendait des capsules d'huile de poisson en parapharmacie, supermarché ou sur internet ? Frais ou pas frais ses oméga-3 ? Et quelles conséquences d’absorber des composés potentiellement toxiques s'ils sont présents ?
Mais qu'aurait pu répondre Ordralfabétix s'il vendait des capsules d'huile de poisson en parapharmacie, supermarché ou sur internet ? Frais ou pas frais ses oméga-3 ? Et quelles conséquences d’absorber des composés potentiellement toxiques s'ils sont présents ?
Les oméga-3 sont les compléments alimentaires non-vitaminiques et non-minéraux les plus vendus. Ils se composent en général d’huiles de poisson, riches en EPA et DHA. Patientant sagement sur les étals pendant des mois dans leur bel habit packaging, ils sembleraient être immunisés à l'épreuve du temps si l'on oubliait l'indication d'une date limite... de durabilité minimale ! Alors que les poissons gras sont connus pour rancir rapidement, même surgelés, ces huiles seraient-elles protégées dans leur capsule hermétique, additivées de vitamine E anti-oxydante ? En considérant également qu'avant conditionnement, les huiles utilisées étaient initialement de bonne qualité et avec un process sans impact néfaste ! En première partie, un point de situation avec des données qui s'accumulent et convergent vers un constat plutôt inquiétant. La deuxième partie confrontera les aliments aux suppléments face à cette problématique oxydative.8 janv. 2018
Pour des recommandations considérant l'impact des transformations
La dernière grande enquête de l’alimentation des français, INCA3 publiée en 2017 [1], a montré que les aliments des catégories de la fameuse pyramide alimentaire sont de plus en plus consommés sous forme transformée. Environ 50% des plats consommés par les adultes sont préparés par l’industrie. Des données de la cohorte NutriNet-Santé [2] montrent que les ultra-transformés représentent une part importante de la diète des français (18,4% des aliments en poids, 36% des calories apportés).
Alors il est temps de considérer les transformations des aliments et des ingrédients dans les recommandations, et pas seulement les apports en nutriments par catégorie d’aliments (surtout les macronutriments). Non, le NutriScore (sur lequel se base aussi l’application Yuka) n’est pas forcément la bonne voie, il néglige les process et reste le fruit d’une approche réductionniste (oui, je vais en parler souvent de celle-là). Il peut même provoquer un effet de halo, alors qu’un aliment classé A sera probablement moins sain qu’un aliment brut pas classé du tout : mais lequel va choisir le consommateur ? Peut-être que l’on ferait bien de se tourner vers l’étranger. Exemple du Brésil qui mis en place en 2014 de nouvelles recommandations : finie la pyramide des féculents/légumes/protéines/autres, le Brésil recommande de manger des repas cuisinés composés d’aliments bruts ou très peu transformés. Pas de score pour aider à choisir parmi la pléthore d'aliments ultra-transformés de nos supermarchés : on conseille tout simplement de les éviter. Leur guide alimentaire [3] est une approche globale et pragmatique, considéré comme le meilleur au monde aujourd’hui par beaucoup d’experts. Sa mise en pratique est une autre paire de manches dans un pays où les grandes firmes agroalimentaires usent de multiples stratégies pour s'arracher un marché au potentiel de croissance très lucratif (voir l'article du New-York Times, discuté aussi par Naturacoach sur sa page facebook). Les recommandations sont au moins en phase à cette réalité : un véritable déferlement de junk food.
[1] Etude INCA3
[2] Julia, Chantal, et al. "Contribution of ultra-processed foods in the diet of adults from the French NutriNet-Santé study." Public health nutrition (2017): 1-11.
[3] Guide alimentaire du Ministère de la Santé Brésilien
[3] Guide alimentaire du Ministère de la Santé Brésilien
6 janv. 2018
Aliments ultra-transformés à l'honneur
Ce mois-ci, numéro spécial sur les aliments ultra-transformés (AUT) dans le Public Health Nutrition journal ! Un recueil d’une vingtaine d’études récentes des 4 quatre coins du monde : France, Canada, Brésil, Espagne, Suède, USA, Colombie, Liban...
4 janv. 2018
Végétarisme et dépression ? Qui est l'oeuf ou la poule ?
S'il y a une bonne résolution qui changerait pas mal notre monde de fausses nouvelles et d'idées reçues, c'est d'assimiler au moins ces deux sophismes. Cela serait un bon début. Le plus grand écueil de la raison n'est pas de la rejeter, mais de s'y référer par erreur. Rien qu'en gardant en tête que corrélation n'est pas causalité, les journalistes pourraient bouleverser la presse et sa façon de communiquer sur les résultats scientifiques.
